«Autant nous sommes des intellectuels, autant nous sommes curieux».
Nous croyons généralement que la curiosité appartient exclusivement à l'ignorant. C'est une croyance basée sur le
principe que c'est le besogneux qui demande ce qui lui manque. Et parce que
l'ignorant manque de connaissance, il la cherche. Mais ce qui manque à ceux qui
croient à de ce principe, c'est que le nécessiteux ne cherche ce qui lui manque
que lorsqu'il en a conscience. En conséquence, on suppose que le curieux ne
demande d'instruction que lorsqu'il est conscient de son ignorance. Or cette
conscience n'est atteinte que par l'atteinte d'une limite décente de la
connaissance. Nous demandons des explications que sur les sujets sur lesquels
nous avons quelques idées. Chaque connaissance envoie des ombres et pose plus
de questions que de réponses. Cela signifie que la connaissance n'élimine pas
l'ignorance. Elle ne la limite d'un côté que pour l'étendre de l'autre.